
On comprend tous que durant une canicule, un territoire couvert de jeunes conifères est bien plus prédisposé aux incendies qu’une érablière ou un autre peuplement feuillu. Donc avec la pratique industrielle actuelle, ce n’est pas une question de si on aura une méga incendie comme il y a eu à Fort McMurray et en Colombie Britannique et dans le nord du Québec arrivera chez moi, mais quand.
Les forêts climaciques à haute teneur de feuillus et les peuplements feuillus en général compostent et minéralise des déchets et matières sèches combustibles au sol bien plus rapidement que les forêts de conifères. Les sols sont moins acides et les feuilles contiennent en général, moins de terpènes et de tannins. Les mousses et plantes herbacées des sous-bois sont aussi difficiles à brûler que des feuillus verts et juteux. Peut-être que vous avez remarqué que le sol dans les sous-bois des conifères est souvent plus sec que chez les feuillus surtout dans le cas des averses fines.
En plus, tout le gaspillage industriel laisse énormément de combustible au sol. Un feu se rendra facilement aux premières branches des jeunes épinettes de plantation en monocultures. Quand on y pense, si la situation des feux de forêt avaient toujours été aussi intenses qu’aujourd’hui, les premiers Européens n’auraient pas trouvé d’autochtones sur ce continent. Dans les temps des premiers contacts, les arbres étaient plus gros. Les premières branches étaient hors d’atteinte d’un feu qui parcourait le sol. Et un feu au niveau du sol sous des arbres immenses qui y survivaient éliminait l’accumulation de combustible. (N’essayez pas ça aujourd’hui, les enfants!) De nos jours, comme on a vu, on laisse de moins en moins vieillir les arbres.
Aussi, même plus au nord, on trouvait plus de bétulaies (peuplements de bouleaux blancs) que dans les territoires industrialisés modernes. Une preuve est que chaque famille avait son canot d’écorce, ce qui était très important dans une vie où on se déplaçait souvent et surtout selon les saisons comme on peut lire dans les livres de Georges Mestakosho, Michel Jean et Serge Bouchard. Toutes ces surfaces feuillues sont des coupe-feux naturels et efficaces.
C’est une des raisons que je tente de restaurer des coupes feu de peuplements feuillus autour de la maison et des infrastructures. Mais c’est à long terme. L’adaptation qui s’impose est la construction d’une mini maison sur roues. Dans l’éventualité d’avoir à évacuer les lieux à cause d’un feu majeur que le vent sec dominant du nord-ouest pousse vers nous, on pourra toujours descendre la mini maison sur le bord de la mer, ainsi que la scierie mobile, et revenir quand le feu aura passé. On aura presque tout perdu mais au moins on aura encore un endroit où rester. Et avec la scierie mobile, on pourra scier les chicots brûlés. Il parait que ça fait du bois qui résiste bien à la pourriture.
Alors, pourquoi faire du rétablissement des écosystèmes endommagés s’ils ont des bonnes chances de passer au feu? Je vous entends me le demander. Parce qu’ ils ont aussi des petites chances de ne pas passer au feu. Après un incendie, des feuillus survivront peut-être. Et de toute façon, je fais ce que je fais parce que c’est dans ma nature de le faire.
Comme je disais, les gens ne sont pas méchants, ils croient à ce qu’on leur dit, et les dettes, obligations et pressions sociales les motive à croire encore plus. Ce qui se fait avec les forêts est tout ce qu’un système corporatiste industriel peut faire. Les décisions ne se prennent pas dans les régions menacées par les feux de forêt. Que ma maison brûle n’empêchera pas un magnat de Shanghai de dormir.
Le mieux que je puisse faire c’est d’essayer de développer et d’offrir un modèle alternatif.
À propos de ceux qui prennent ces genres de décisions néfastes, j’ai décidé de réagir avec de la recherche plutôt qu’avec de la haine et de la colère qui m’empoisonneraient et qui n’aideraient pas du tout la forêt. Alors, ce que j’ai trouvé jusqu’à date, c’est ma petite recherche sur la toxicomanie de l’argent et du pouvoir. *(voir l’annexe dans le livre)