Édouard Mongeau et le choix des techniques appropriées dans une vision globale à long-terme

Qu’est ce qui fait qu’un jeune de vingt sept ans, qui vient de Chibougamau, veuille s’établir en Gaspésie, travailler respectueusement dans la forêt l’hiver et faire de l’agriculture l’été, avec des chevaux? Édouard semble unique dans le choix de techniques qui nous limitent quand il exprime son intérêt sur la résilience et la transition avec des techniques plus près de l’échelle humaine. Il n’est pas seul à rechercher une terre où s’installer, dans un contexte de gestion viable, de partage et de coopération, cependant ce jeune homme a amplement les connaissances pour réaliser de tels projets.

La première fois que j’ai rencontré Édouard Mongeau, j’étais très impressionné par ses expériences et pratiques dans les domaines de la chasse et de la vie en forêt. Il me disait vouloir apprendre à travailler avec des chevaux et m’avait demandé si je pouvais le mettre en lien avec des mentors dans le domaine. Je l’ai mis en contact avec mon voisin, qui avait acheté ma jument, et avec Maurice Johnson, () sujet d’un chapitre dans mon livre d’Écoforesterie.

Peu de temps après, j’ai constaté que cet autodidacte efficace a rapidement maîtrisé la science et l’art de l’entraînement et de l’attelage, avec le cheval de mon voisin et ensuite avec ses propres chevaux; des fjords norvégiens, achetés au début de l’hiver. Il les garde provisoirement chez une amie en échange de travaux sur sa terre. Les piles de bois qu’il a sorti et la confiance et la bonne volonté de ces chevaux rustiques sont autant de preuves de son succès.

Ce fut aussi une surprise agréable de le voir et de l’entendre dans un reportage de Radio-Canada où on le voyait travailler en partageant son point de vue sur des orientations techniques et économiques plus salutaires pour la planète et ses habitants. Je trouve que ce qu’il propose est plus près des réalités intrinsèques si l’humain souhaite une certaine continuité dans ce monde.

Dans ce reportage, il parle de l’importance de se réapproprier des moyens de production, de la foresterie et de l’agriculture, dans un cadre bio-régional ancré sur les spécificités du territoire tout en respectant la capacité de la planète et de l’humain.

Bien qu’il ne croit pas pouvoir arriver à une autosuffisance complète, son intention est quand-même de pouvoir produire le foin de ses chevaux, ainsi que des légumes, grains et oléagineux pour nourrir la communauté.

Le concept qu’il met de l’avant est celui du contrôle de nos moyens de production. Il s’agit de la réduction de l’impact de nos activités par le choix de moyens techniques plus appropriées plutôt que de choisir les plus gros ou les plus rapides. L’exemple de la traction animale est des plus éloquents. « Avec un cheval, quand même que je voudrais bûcher trois hectares par jour, je ne pourrais pas. »

Habituellement, notre culture nous fait miroiter qu’une grosse machine accomplit le travail plus rapidement et nous laisse plus de temps pour faire autre chose. Mais nous ne faisons pas autre chose. On continue à travailler quand-même, entre autre, pour pouvoir payer et entretenir la grosse machine. Alors la reprise du contrôle de nos moyens de production est vraiment une solution d’avenir si on veut réellement s’adresser aux problèmes globaux. Ce genre de solutions proposées fait contraste avec la mode des solutions toujours plus technologiques mises de l’avant par des leaders mondiaux et même bien des écologistes.

On pourrait dire qu’Édouard Mongeau n’est pas une personne conventionnelle. (Vous non plus, d’ailleurs, vu que vous êtes en train de lire un article dans un site d’écoforesterie. ) Il accepte ses différences sans juger les autres. Il n’a pas de tatouages et ne suit pas les modes simplement parce que : « quand on a un projet, on n’investit pas dans ce qui coûte cher et qui n’est pas utile au projet. »

Il m’a dit que ce cheminement et ces choix ne viennent pas d’un événement déclencheur ou d’un vécu particulier. « J’ai toujours eu une curiosité naturelle et je suis plutôt logique et pragmatique » me répondit-il.

Bien qu’il ait côtoyé un trappeur, ami de son grand-père, il attribue sa façon d’agir, avec une certaine reconnaissance, à ses parents qui l’ont toujours encouragé à développer ses idées, à lire et s’informer, à être autodidacte et autonome et à aller jusqu’au bout de ses projets. C’est peut-être cette liberté intellectuelle qui l’a amené vers cette vue élargie du monde.

Je trouve que cette combinaison de curiosité, de logique et de pragmatisme donne beaucoup de crédibilité à ses propos, son action et sa personne. Si on trouve que la continuité de l’expérience humaine sur cette terre est un objectif valable, et qu’elle se fera mieux dans un contexte d’harmonie avec la nature, le discernement dans nos choix techniques, la décroissance et la coopération, sont en effet des moyens logiques et pragmatiques pour atteindre ce but.

Voilà pourquoi Édouard, provisoirement installé chez une amie, se cherche une terre où il pourra continuer à expérimenter avec les limites physiques et la logique réelle des choses. Rendu ici, on se bute aux problèmes de la spéculation foncière. L’accès à la terre est presque impossible pour les personnes prêtes à y travailler et y vivre. Individuellement, quand on n’a pas de relève, on peut prioriser l’accueil et l’intégration des jeunes de bonne volonté plutôt qu’un maximum d’argent. À l’échelle politique, je choisirais d’aider les artisans de la décroissance et les PME, surtout en arrêtant de subventionner le gigantisme écrasant.

Regardons les résultats avant de décider. C’est en voyant et en marchant dans les boisés de Léonard Otis, Jim Drescher et Rémi Bourgoin que j’ai cru et adhéré à leurs méthodes. De même, après avoir vu l’harmonie et le résultat du travail d’Édouard avec les chevaux, c’est lui que je paierais s’il donnait des formations. Je crois que ce serait une bonne chose si on pouvait voir le résultat d’une ferme forestière et agricole travaillée par ce gars curieux, logique, pragmatique avec une vision globale et à long-terme.