Chronique de Gérald Tremblay.Le caribou de Saint-Léandre :Le lynx, le coyote, l’ours noir piégés.

Auteur Gérald Tremblay

Autour du 28 avril 2024, les fonctionnaires du ministère des forêts, de la Faune et des Parcs ont tenté sans succès de capturer ce qu’on a appelé « le caribou de Saint-Léandre ». Le fonctionnaire responsable affirmait que 50% des risques de décès existaient dans ce genre d’intervention. Alors pourquoi ne pas laisser l’animal en liberté ? Il serait retourné vers son territoire de toute façon. Ces supposés professionnels de la faune avaient déjà abattu un ours blanc dans la localité de Rivière Madeleine. Raison : « Nous n’étions pas équipés pour la capture ». Pourtant dans l’Ouest canadien, des dizaines d’ours sont capturées et déplacées pour leur survie.

Un article publié dans Facebook par Gisèle Benoît m’a alerté : peintre animalière, amoureuse de la faune et de la flore gaspésienne, cet artiste est une vulgarisatrice scientifique, auteure et réalisatrice de documentaires sur la vie sauvage. Son travail est reconnu de par le monde. Voici ce qu’elle publiait sur Facebook le 18 mai dernier :

« Nous avons observé des oiseaux et entrevu un lièvre, mais plusieurs espèces adaptées à cet environnement manquaient à l’appel. Aucune trace de la présence d’ours noirs, de lynx, de coyotes ou de renards roux. Rien à voir avec la diversité d’espèces à laquelle je suis habituée au pays du loup! J’ai photographié la cause de ce vide écosystémique… Ce que le panneau du ministère de la Faune du Québec annonce comme étant un dispositif de gestion des populations d’ours noirs et de coyotes est en fait un collet, c’est-à-dire un piège létal qui étrangle, estropie et tue le lynx du Canada, le porc-épic, le veau orignal, etc… aussi bien que l’ours noir et le coyote à qui il est destiné… Il y en a un peu partout dans la réserve faunique des Chic-Chocs et dans le parc national de la Gaspésie ».

Voilà le résultat de ces supposés professionnels de la faune qui ratent complètement leurs cibles dès qu’ils doivent intervenir. Certes le caribou doit être protégé et les mesures en place sont insuffisantes car on limite de plus en plus son territoire et sa nourriture. Il n’est pas surprenant que cette espèce ne puisse fuir les prédateurs dans un environnement aussi limité. C’est alors qu’ils sont piégés par ceux mêmes qui doivent les protéger. Les coupes à blanc, la destruction des sols et de la flore (Voir la figure 2, photo de la machinerie utilisée), ces coupes avec la lourde machinerie chassent les animaux qui doivent se regrouper sur une peau de chagrin. Nous sommes loin du concept des fermes forestières, défendues par Léonard Otis et Bob Eichenburger de Carleton. La faune ailée disparaît graduellement et les autres animaux, considérés comme prédateurs, doivent arpenter le même territoire… Il n’est pas surprenant qu’on décide de les exterminer. Voilà le résultat d’une gestion des écosystèmes qui justifie la destruction de la biodiversité. Pourquoi la science des écologies forestières et de la biodiversité n’est-elle pas plus consultée sur ces interventions malencontreuses de l’homme. Il faut savoir que le Ministère privilégie les coupes à blanc au détriment de l’aire protégée qu’un comité de citoyen tente en vain de faire accepter (400 km 2) par le gouvernement Caquiste. Citation : « L’aire retenue par ce projet de conservation couvre la partie ouest de la chaîne de montagnes des monts Chic-Chocs située au nord-ouest de la péninsule gaspésienne. (Voir figure 3, carte). L’ensemble du territoire de l’aire protégée proposée s’étend sur près de 400 km2 et il est entièrement compris dans la réserve faunique de Matane. Cet été, le Comité de protection des monts Chic-Chics a organisé une importante mobilisation pour que lesdites activités (exploitation forestière, pétrolière ou gazière) soient interdites dans la chaîne de montagnes. Son porte-parole Louis Fradette affichait cependant une joie mesurée lorsque le Mouton Noir l’a contacté : « On peut se réjouir pour ce qui est protégé. Mais ce ne sont que 200 km2, alors qu’on en demandait 400 km2. Autre citation : « Nous nous réjouissons du fait que le gouvernement du Québec reconnaisse l’importance de protéger la biodiversité des monts Chic-Chocs. En tant que comité citoyen qui travaille depuis 14 ans sur ce dossier, nous considérons qu’aujourd’hui, une étape importante est franchie pour la protection du patrimoine naturel régional. Nous sommes prêts à collaborer afin que les limites de la future aire protégée permettent d’inclure l’ensemble des éléments de biodiversité de ce territoire et correspondent au consensus régional. » (Source Gaspésie nouvelle, Médialo, 18 décembre 2020). Pourtant, des doutes subsistent car l’économie forestière prime avant tout sur toutes autres richesses écologiques. C’est ce que répètent les fonctionnaires à micro fermé. Mais que feront ces entreprises lorsqu’il ne restera plus de forêt en Gaspésie ? Ce qui ne devrait plus tarder, au rythme que les machineries avancent, sans tenir compte de la protection des espèces menacées. Ce gouvernement prétend protéger l’environnement… La première règle du ministère de la forêt, et c’est même une loi, c’est de permettre la coupe à blanc sur un plus vaste territoire, peu importe les conséquences pour la faune et le choix des aires protégées. Ce comité d’une aire protégée dans les Chic-Chocs s’est fait répondre que seule l’exploitation forestière demeurait LA priorité et que, même si une aire protégée venait à prendre racine, les coupes pouvaient revenir au moment que les entreprises le demanderaient. « Si l’on pense souvent au caribou montagnard lorsqu’on évoque les Chic-Chocs, d’autres espèces menacées fréquentent cette chaîne, comme la grive Bicknell et l’aigle royal. Une partie de leur habitat pourra encore être rasée à blanc. Il y a seulement quatre couples d’aigles royaux sur ce territoire, soutient Louis Fradette. Deux nids sont protégés. Pourquoi on abandonne les autres ? Présentement, il a des coupes forestières à proximité de ces nids ! »

Voici une autre citation prise dans Facebook, un des liens sensibles pour les citoyens :

Mais c’est ça la « nouvelle » façon de protéger le caribou forestier de la Gaspésie !!?? En tuant tout le reste de l’écosystème qui l’entoure ?? Mais qui sont ces gens qui n’écoutent rien ni personne et qui détruisent sans fin en disant qu’ils feront mieux que leurs prédécesseurs!! Ça en désespérant…

Citation de Julie Boulanger.

À la suite de la nomination du nouveau conseil des ministres, les Secteurs de la faune et des parcs relèvent du ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs. Les contenus sont présentement en cours de transfert vers Québec.ca.

La mission du ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs est de protéger l’environnement, d’assurer la conservation et la mise en valeur de la biodiversité et de jouer un rôle clé dans la transition climatique, dans une perspective durable, afin de contribuer aux enjeux prioritaires de la société québécoise.

Qu’en pensez-vous ?

La mission n’est-elle pas, encore une fois, diluée en peau de chagrin ?

Gérald Tremblay

Écrivain de Saint-Léandre.