L’amour est son guide et son chemin.

Jimmy Hamel est le premier à m’avoir motivé à relancer et rééditer le livre d’écoforesterie. Il m’avait invité à visiter son boisé. Il voulait parler du livre et échanger des idées, dont celle d’utiliser de l’huile à chaîne végétale dans les scies mécaniques.
C’était proche de chez mes parents que je visitais une couple de fois par année et je lui avait dit que je passerais. Mais des parents en fin de vie demandent beaucoup d’attention et ce n’est qu’après la mort de ma mère que j’ai décidé de rendre visite à ce Jimmy et voir tout ce qu’il avait à me montrer dans ces forêts exceptionnelles que sont les érablières de l’Estrie.
Jimmy est un entrepreneur en aménagement paysager. Son physique dur et musclé me confirme qu’il met beaucoup d’énergie dans ce qu’il fait. C’est un métier que j’ai souvent fait dans ma vie. On arrive à un site qui n’est pas très beau et on repart après que la beauté qu’on a créé fasse le bonheur des clients.
Jimmy comprend qu’avec la forêt, c’est presque le contraire. La Nature est le maître d’œuvre en aménagement paysager. Si on travaille sur Son chantier, dans Sa création, notre défi est de ne pas nuire au plan d’aménagement.
Ce souci de ne pas nuire à la dynamique naturelle bien active, motive et encadre son comportement et tous ses gestes. Il évalue chaque possibilité et toutes les conséquences de toute action, intervention ou récolte effectué dans les milieux naturels qui l’entourent.
Chez Jimmy et sa jeune famille, la forêt n’est pas très vieille. Je suis bien placé pour en parler, ayant vécu juste de l’autre coté le la montagne qui sépare St-Étienne de Bolton Ouest, là où j’avais aidé à bâtir notre ferme familiale il y a longtemps. Les voisins et aînés m’avaient conté que durant les années 1930 de la grande crise, il y avait un mouvement de colonisation dans les montagnes appalachiennes, qui étaient rocailleuses et peu propices à l’agriculture et que la population anglophone descendante des Loyalistes anglais avaient négligées.
Après la crise, ces pâturages pierreuses ont été délaissés pour la plupart. Les îlots de nature ayant survécu à la colonisation colonisèrent à leur tour ces pâturages grâce à leur semence. Dans ce climat accueillant et avec cette biodiversité encore disponible, la vie a foisonné. On peut encore trouver des digues de roches sur lesquelles les colons se sont échinés ici et là, sous des couverts forestiers de moins de cent ans, seuls témoins de leur effort. Ici, la nature a été la plus forte. Mieux vaut travailler avec elle.
Ce que la zone appalachienne a de particulier, c’est justement un couvert forestier d’espèces associées à la forêt climacique, dominé par les érablières contenant une merveilleuse variété de bois francs et d’autres espèces d’arbres. En plus de trois espèces de bouleaux, on y trouve aussi des hêtres, des tilleuls, plusieurs sortes de noyers, et de frênes. Parmi les des conifères, il y a les pruches, plutôt rares ailleurs au Québec, qui s’accommodent des lieux ombragés et des sous-bois. Dans les anciens pâturages, souvent devenus des milieux humides, les ormes sont en train de reprendre leur place accompagnés d’aubépines, de peupliers, saules et autres colonisateurs de terrains agricoles.
Les strates arbustives sont aussi riches et variées, ainsi que la strate herbacée où foisonnent des fleurs magnifiques, sur un sol riche et humide où grouille une méga biodiversité vivante sous une couche très mince de matière sèche. Dans une telle forêt, il y a très peu de danger d’incendie. Les Estriens peuvent dormir sur leurs deux oreilles.
C’est en reprenant conscience de cette richesse vivante dans dans le sol que j’ai compris l’insistance de Jimmy de n’utiliser que de l’huile végétale dans les scies mécaniques plutôt que de l’huile à chaîne pétrolière toxique. Je n’avais pas pensé aux salamandres; ces petits êtres si fragiles que la moindre agression chimique peut faire disparaître. Il faut vraiment passer beaucoup de temps et être très observateur pour les voir et les prendre en considération.
C’est cette considération que Jimmy a pour tout ce qui vit sur ce petit territoire qui est sous sa protection bienveillante. De la microfaune et flore dans le sol, aux oiseaux qui survolent la cime des arbres, aux mammifères, incluant lui-même, sa conjointe et ses enfants, il est généreux avec son énergie pour que toutes et tous aient ce qu’il y a de mieux. Il agit avec conséquence, fidèle à lui-même, à la vie et la nature qui l’entourent.
J’ai passé une journée vraiment agréable à parcourir les boisés et à admirer les arbres magnifiques et les fleurs rares et de beauté exceptionnelle dans ses riches sous-bois. Il me montrait des peuplements en transition, des sentiers, des projets et des sites où il avait récolté des matériaux.
Jimmy me demandait mon avis et me posait des questions et je lui parlait de certaines expériences et choses que j’ai vu, mais je crois qu’on comprenait tous les deux qu’en forêt, tout le monde est égal. Il n’y a pas d’expert, d’élève ou de maître. Il n’y a que des passionnés qui échangent des expériences, observations et points de vue. Ce fut une belle journée bénéfique à nous deux. On a appris des choses, sans même s’en rendre compte, dans ce cadre relaxant.
Je garde un beau souvenir de cette visite, des promenades et partages dans tes merveilleux boisés et milieux de vie.
